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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 00:00

Au fond lorsqu’on a beaucoup préparé un procès, lu des livres, parlé aux différents acteurs, on a vraiment envie de rencontrer au moins visuellement les accusés. Ce matin du 27 mars ne sont plus des figurines de papier mais des êtres humains qui viennent d'être extraits de la maison d'arrêt de Charleville-Mézière toutes sirennes hurlantes et qui vont comparaitre dans un procés public. 

Dans cette cour d’assise des Ardennes, un grand box en verre attend les accusés. Vers 10h, les photographes et cameraman sont admis dans la salle. A gauche , les familles des petites victimes se serrent, un père en chaise roulante complète l’un des rangs. A droite les trois premiers rangs sont occupés par la presse puis par les jurés qui attendent d’être tirés au sort. Et c’est dans cette atmosphère que Monique Olivier est introduite dans le box. Elle est debout, cheveux blancs courts, plus mince, habillée de beige. On l’a à peine vu rentrer. Cette discrétion signe son attitude générale : coopérative, modeste, repentante (?) ; trop tôt pour évaluer bien sur, mais Monique la diabolique s’est évanouie au profit d’une dame ordinaire qui a l’air un peu absente. Les cameramen font leur travail. Devant la cour, une vitrine avec les pièces à conviction : pistolets, fusils, baillons,menottes, liens en tous genre, vétements tachés de sang. Puis la sonnette retentit et le président Gilles Latapie fait son entrée entouré de ses assesseurs. Il fait sortir les hommes de l’image et fait entrer l’accusé. Et voila Michel Fourniret. Plus petit que je ne l’imaginais. Avec une présence qui dégage une rigidité, une obstination à ne pas accepter la situation. Aucun regard vers les victimes, aucun non plus vers Monique Olivier qui est séparée de lui par deux fonctionnaires du GIPN.

Après une déclaration solennelle, le président des Assises s’incline avec respect et émotion devant les victimes puis commence par le premier acte de tout procès : l’accusé doit décliner son identité. La Michel Fourniret se lève et plaque contre la vitre du box un papier préparé sur lequel on peut lire en grosses lettres : sans huis clos bouche cousue. Le président donne alors lui-même l’identité de l’accusé et demande ensuite à Michel Fourniret si il accepte d’être défendu par les trois avocats commis d’office. Et là, il se penche, sort de sa poche un rouleau de papier type parchemin entouré d’un ruban orange et le fait passer via ses défenseurs au président de la cour d’Assise. "Qu’est ce que c’est ?" lui demande alors le président. Michel Fourniret daigne alors prendre le micro. Une voix un peu métallique : « il s’agit de l’exposé que j’avais décidé de lire pour expliquer mes raisons de boycotter ce procès. Je vous demande de le lire aux parents de s victimes directes de mes actes ». Toujours ce style ampoulé qui le carractérise. A partir de là on n’entendra plus un mot de cet homme à la barbe poivre et sel, cheveux mi-long, fines lunettes cerclées. J’observe simplement ses mains quand je peux les apercevoir : immenses, larges ,puissantes: comme si elles appartenaient à un corps plus grand.

Le président refuse de lire la prose de Fourniret et le procès continue : fixation du calendrier et puis en début d’après-midi lecture de l’ordonnance de mise en accusation. Cent pages insoutenables tant les détails de chacun des meurtres vous glace le sang. Pour l’enlèvement et la séquestration, voir pour le viol, Monique est là. Complice active qui attire les jeunes filles, met Michel Fourniret en condition quand il a des pannes d’érection, aide à la disparition des corps… Les familles sortent bouleversées de cette lecture. Peu d’entre elles accepte de commenter cette journée. Juste une phrase de Monsieur Brichet dont la fille de treize a été la victime de Fourniret. « Il m’a regardé dans les yeux et j’ai soutenu son regard pendant une bonne minute. Il est glaçant, après j’ai eu froid pendant quelques minutes ».

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