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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 00:00

Cette semaine a été marquée par cette décision judiciaire totalement hors norme : l’acquittement de Lydie Debaine qui a tué en 2005 sa fille unique handicapée. Cette femme de 62 ans comparaissait devant la cour d’assise du Val d’Oise et l’avocat général avait réclamé une peine de principe de trois ans de prison avec sursis. Les jurés ont osé transgresser la règle intangible de la reconnaissance de culpabilité face à un crime. Mercredi soir, à la sortie du tribunal, la maman déclarait : « C’est une reconnaissance des souffrances et de ce qui a provoqué mon geste. J’espérais cet acquittement mais je ne m’y attendais pas. Je pense à ma fille. Cet acquittement va me libérer même si il n’efface pas tout. Je ne regrette pas mon geste mais ma fille me manque ».

L’émotion retombée on a envie de comprendre ce qui s’est passé. Caty Richard, l’avocate de Mme Debaine est légitimement fière d’avoir arraché cet acquittement et elle explique son combat : « j’ai essayé de convaincre le jury qu’il n’avait pas à faire du droit, que les faits ne méritaient cette qualification de crime, et qu’il était libre de prononcer le verdict qu’il pensait  juste. Ce n’était pas gagné car le jury était composé de gens jeunes, peut-être plus facilement influençables ». L’avocate souligne également que sa cliente n’a pas fait un acte militant mais un acte personnel, revendiqué comme celui d’une mère à son enfant qui souffre. « Au cours du procès, la famille, l’avocat général, le président ont essayé de lui faire dire qu’elle était déprimée, voire dépressive quand elle a commis les faits. Je pense que c’était plus confortable pour tout le monde de le penser. C’est le psychiatre Roland Coutenceau qui a décrit la réalité le plus justement. Il a dit que bien évidement ma cliente vivait ce qu’on appelle une dépression réactionnelle devant l’état de sa fille qui s’aggravait. Mais il a dit aussi que c’était un acte altruiste destiné à faire cesser la souffrance d’un être aimé, et que respecter cette femme c’est accepter qu’elle ait accompli cet acte en toute lucidité »

Et j’ai également voulu comprendre pourquoi la sœur de la jeune fille s’était elle désolidarisée de sa mère en regrettant qu’il n’y ait aucune sanction de prononcée. Réponse de Maître Richard : « elle a aussi un enfant handicapé mental, et a donc un point de vue très impliqué ».

   Voila donc la justice française confrontée à un dilemme. Faire appel ou non de cette décision. Seul le parquet général (et non le parquet local) peut faire appel quand il s’agit d’un acquittement. C’est à la cour d’appel de Versailles que sera prise la décision. Une décision très politique puisqu’en matière de politique pénale les procureurs sont liés directement à la chancellerie. Le verdict si il était confirmé par une seconde cour d’assise établirait une jurisprudence ; ne pas le contester revient à dire aussi d’une certaine façon que la chancellerie est d’accord avec cet acquittement. Le débat de société , lui, de toute façon est lancé : arrêter la vie quand les souffrances endurées sont insupportables n’entraîne plus automatiquement le prononcé d’une peine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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