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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 00:00

« Elisabeth ? C’était une fille de joie et de lumière. C’est son rire clair que j’entends » a dit ce matin Francis Brichet devant la cour d’assises à Charleville –Mézières. Sa fille a été enlevée par le couple Fourniret le 20 décembre 89 alors qu’elle rentrait chez elle après avoir rendu visite à une amie. Elle avait 12 ans. Cela s’est passé dans la banlieue de Namur, vers 19 heures. Elle s’est volatilisée après être passée à la boulangerie du quartier. Après plus rien, aucune trace pendant quinze ans. Un calvaire pour la famille jusqu’à l’interrogatoire de Monique Olivier le 28 juin 2004. Elle précisait qu’ils avaient repéré la petite fille et attendu qu’elle quitte le domicile de son amie. Le couple avait réussi ensuite à faire monter Elisabeth dans le véhicule grâce notamment à leur fils alors âgé de quinze mois : ils ont simulé des parents inquiets à la recherche d'un médecin pour leur bébé.

 La petite fille à peine dans la voiture est aussitôt terrorisée et menacée car Fourniret veut l’emmener dans sa maison en France, il faut donc franchir le poste frontière dans le calme. Finalement ils arrivent dans leur maison à Floing ou selon Monique Olivier, son mari force la petite à boire de l’alcool. Dans la chambre du haut, après avoir attaché Elisabeth, Monique doit faire la toilette intime de la jeune fille avant que Michel Fourniret  tente de la violer. Le lendemain, la scène se reproduira dans un des pavillons du château du Sautou que le couple vient d’acheter . Mais cette fois la petite est consciente, se débat, hurle. Michel Fourniret tente de l’étouffer avec un sac en plastique d’abord, puis l’étrangle à mains nues. Il mettra son corps dans un congélateur quelques jours avant de l’enterrer profondément à proximité du pavillon ou il l’avait séquestrée.

Des aveux qui n’ont pas été confirmés par le principal accusé. Ce matin Michel Fourniret a bien reconnu être l’auteur de l’enlèvement, de la séquestration et du meurtre de la petite fille mais pas du viol. Monique Olivier elle aussi est revenue partiellement sur ses aveux : « je ne l’ai pas violée ni tuée » a-t-elle lâché du bout des lèvres.

Le père d’Elisabeth Brichet a parlé de Michel Fourniret comme d’un « monstre mythologique » et sa mère a mis en cause l’efficacité des justices belges et françaises. « Elisabeth, l’inconscience et l’incurie de la justice t’ont assassinée ! Quinze années d’erreurs d’un système judiciaire qui n’a que faire du viol et des tortures sauf en temps de guerre. Il y a l’émotion dans le prétoire, et après ? Il y a bien d’autres Fourniret. Les enfants sont leur trésor de guerre, ils font des émules en prison, ils se nourrissent de leurs meurtres et de leurs viols ! » a – telle lancée très émue en direction des magistrats.

Pressé par l’avocat de la famille Brichet, Michel Fourniret a refusé de répondre aux questions si le huis clos n’était pas prononcé ; les audiences de ce point de vue se ressemblent : confirmation globale des faits pour mieux refuser de donner des détails, des précisions et sans doute la signification profonde de ces actes.

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Gérard Croce 02/04/2016 19:18

http://www.dominique59121.skyrock.com

Gil DENIS 19/04/2008 14:51

Impuissance contre toute puissance :la justice face aux tueurs en série
 


 

Depuis la fin du mois de mars se déroule à Charleville-Mézières le procès de Michel Fourniret et de Monique Olivier. J’ai vécu en 2003, en tant que partie civile, le premier jour du procès de Pierre Chanal renvoyé aux Assises pour l’affaire des disparus de Mourmelon. Deux traits communs donnent à ces deux affaires une dimension inhumaine et posent la question du rôle et du fonctionnement de la justice.
La similitude des attitudes adoptées par les deux personnes mises en cause (est-il vraiment question ici de présomption d’innocence ?) est frappante. Les moyens sont différents mais la finalité est la même : ils continuent à montrer leur soi-disant toute-puissance, évoquée par les experts psychologues qui les ont examinés. Même si ce sentiment de toute puissance les a poussés à l’erreur et conduits à leur mise en accusation, la perversité des auteurs de crimes en série est telle qu’ils tentent de mettre en scène leur propre procès : ils gardent le silence pour avoir le dernier mot ! En refusant de participer à leur procès et en ignorant les familles de leurs victimes, ils assassinent une seconde fois celles-ci. Bien sûr, il y a un exposé des faits et des conclusions de l’instruction mais, malgré cela, la justice semble totalement impuissante… Il faut souhaiter que le procès de Fourniret permette aux familles des victimes de commencer à se reconstruire. Il y a malheureusement un risque que l’attitude de l’accusé ne contribue à accentuer leur détresse.
Il y a ensuite la durée anormalement longue entre la date des crimes et celle du procès. Vingt-cinq ans entre les premières disparitions à Mourmelon et le procès avorté. Vingt années dans le cas de Fourniret entre le premier crime et le procès. C’est presque l’échelle d’une génération : certains parents de victimes, âgés ou décédés, n’ont pas la possibilité de connaître le terme de l’instruction et ce sont parfois leurs enfants qui se retrouvent sur le banc des parties civiles. On parle parfois d’une attention excessive portée aux victimes voire de « populisme pénal ». Certes, les responsables politiques, au plus haut niveau, ont parfois exploité ce filon à des fins de communication. Mais il ne s’agit pas seulement de droit des victimes : la question d’un procès dans un délai raisonnable concerne aussi bien les personnes mises en cause. Que dire enfin de la valeur d’un témoignage vingt ans après les faits ? Une bonne justice est une justice rendue… Est-ce le cas lorsque les délais sont si longs ou lorsque la justice demeure impuissance face aux criminels qu’elle doit juger ?
Comme à Mourmelon (extinction de l’action publique après le suicide de l’accusé) ou à Charleville Mézières (accusé refusant prendre la parole), il arrive  qu’un procès ne puisse se tenir ou se dérouler dans des conditions normales. Notre société doit-elle admettre que ces cas extrêmes sont des exceptions qu’aucun système, aussi bon soit-il, ne saura jamais traiter, avec à l’origine des actes ou des criminels tellement inhumains qu’ils restent hors de portée de la justice des hommes ?
Au contraire, doit-on considérer que ces affaires complexes mettent en évidence les failles les plus profondes et les faiblesses des méthodes d’enquêtes ou d’instruction ? En 2005, après le fiasco de procès de Pierre Chanal, l’Etat français a été condamné pour faute lourde dans le fonctionnement du service de la justice, avec des attendus très sévères. Aucun des ministres de la justice sollicités, de Dominique Perben à Rachida Dati, n’a jugé utile de répondre aux questions posées par les familles des disparus sur les suites données à cette condamnation. Après Outreau, dans un contexte très différent puisqu’il s’agissait cette fois de personnes innocentes injustement mises en cause, la commission d’enquête parlementaire n’a finalement pas davantage obtenu la mise en œuvre des réformes proposées.
Tant que les enseignements ne seront pas précisément tirés de ces échecs, il faut craindre que des tels drames ne se reproduisent. La compassion du journal de vingt heures ne peut pas remplacer une véritable politique.
 

chapet marc 14/04/2008 21:20

Oui et alors la peine de mort pour ces bourreaux vous en pensez quoi ?
Pleurer sur les victimes (oh ! combien  innocentes) n'a jamaischatié les coupables ...
Perpete c'est perpete comme disait cet enc... de Badinter ....