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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 17:23

Elle est arrivée de la région lyonnaise avec détermination. Ses parents, un couple franco-japonais, étaient là pour la soutenir. Ils l’accompagnent dans cette longue marche judiciaire. La maman dit : « je ne veux pas qu’on me voit, j’ai encore du mal à ne pas me sentir coupable de ce qui est arrivé à ma fille ».

Elle avait cinq ans. Durant l’été 1977, la petite fille est violée par un membre de sa famille. Un instant de vie qui créé un traumatisme profond mais qui disparait de sa conscience. Elle a une adolescence difficile mais réussit a se construire une vie professionnelle brillante. Lorsqu’elle entreprend de faire une psychothérapie sous hypnose en 2009, elle raconte que le souvenir de ce que cet homme lui a fait subir lui a « explosé à la figure ». . Elle se tourne alors vers la justice pour faire condamner son agresseur.

En avril 2O12, première déception, le juge d’instruction constate qu’il y a prescription des faits. A l’époque une victime d’abus sexuels pouvait porter plainte 10 ans après sa majorité. Puis la loi du 9 mars 2004 a allongé ce délai à 20 ans.  Cécile, elle, tombait sous le coup des 10 ans. Une décision confirmée par la Cour de d’appel de Poitiers.

Aujourd’hui cette femme a 41 ans ; elle demande que cette affaire de prescription ne lui soit pas opposée du fait « d’un obstacle insurmontable ». Celui de l’oubli post traumatique. « je demande que ma plainte soit instruite, je veux être traitée comme n’importe quelle victime ». Selon son avocat, Me Portejoie, une cinquantaine de femmes souhaitent que leur viol soit reconnu, même tardivement.

Pour les psychiatres et notamment le docteur Zagury qui a expertisé la jeune femme l’amnésie invoquée est « tout à fait compatible avec les connaissances actuelles de l’évolution à l’âge adulte des abus sexuels subis dans l’enfance ».

L’avocat général ne s’est guère donné de mal pour constater que la loi qui régit la prescription est formelle : 38 ans, c’est l’age maximum autorisé pour obtenir un procès contre son agresseur. Et il a préconisé un rejet du pourvoi." Dura lex sed lex" disaient les romains.

Cette affaire est délicate pour le législateur si un jour il revient sur ce délai de prescription ; Il peut y avoir des abus, des vengeances à travers ce type de dénonciation ; comment réunir des preuves, interroger des témoins si longtemps après.

Une autre femme qui a subi des abus sexuels enfant écoutait les arguments des juristes devant la cour de cassation avec les larmes aux yeux. Elle aussi est broyée par des souvenirs qui ont ressurgi tardivement. Elle espère aussi convaincre la justice de l’entendre comme victime et de confondre son agresseur.

Réponse le 18 décembre

 

 

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